Au siège de l’OMC à Genève, on travaille beaucoup sur cette pratique par laquelle un pays importateur protège ses industries de transformation ou son secteur manufacturier en imposant des droits plus faibles sur les importations de matières premières et de composants et des droits plus élevés sur les produits finis. Mais cette progressivité des droits de douane est une entorse au commerce international et un frein à l’industrialisation des pays africains.

Les règles non tarifaires participent de la même distorsion dans la liberté des échanges commerciaux. Ces règles non tarifaires, ce sont les normes sanitaires et phytosanitaires, qui excluent quasi-systématiquement les produits africains semi-finis ou finis des marchés des pays développés. En tout cas, ces règles sont si contraignantes que les entreprises africaines renoncent avant d’avoir commencé.

Il y a donc plus que jamais un lien fort et massif entre le commerce et le développement industriel. En effet, la crème du commerce international se réalise sur les biens et services à forte valeur ajoutée. Les échanges fondés sur les matières premières sont importants en volume, mais faibles en valeur. On a encore pu le constater au cours de la Conférence internationale sur le cacao à Berlin, en Allemagne, en avril. Il y a été montré que les producteurs de cette fève précieuse ne récoltent que 6% de l’ensemble des revenus générés par le marché du cacao. Or, c’est sur ce registre que les pays africains sont actuellement inscrits. La même réalité peut être décrite sur le bois, le caoutchouc ou d’autres spéculations dont les pays africains sont généralement des producteurs majeurs.

Par exemple, l’importation des fèves brutes de cacao en Suisse, réputée pour fabriquer les meilleurs chocolats du monde, n’est soumise à aucun droit de douane. Mais le beurre de cacao, premier niveau de transformation, est taxé à deux francs suisses (plus de deux dollars US) les 100 kg. Et l’importation du chocolat en Suisse est imposé aux frontières à 546 francs suisses (près de 550 $US) les 100 kg.

Ce type de constat appelle la question suivante : pourquoi l’Afrique ne transforme-t-elle pas elle-même ses produits pour en tirer les bénéfices de la valeur ajoutée en termes d’emplois, de devises ou d’impôts, Une litanie d’explications s’en-suit sur la faiblesse du secteur manufacturier africain ou l’incapacité du leadership local à formuler un plan d’industrialisation des pays. Ces reproches sont tous recevables, puisqu’ils jugent les conséquences et ignorent souvent les causes. ET c’est à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qu’il faut aller pour comprendre comment se joue le destin économique de l’Afrique.

L’OMC, garante du commerce sans discrimination et d’une concurrence loyale dans les échanges, a déjà statué sur les « tricheries » et certains pays développés ont supprimé la progressivité des droits sur certains produits. Dans le cadre du programme de Doha, elle veut même encore les réduire substantiellement.

À la vérité, la réponse décisive ne viendra pas de l’OMC mais des pays africains eux-mêmes, dont un grand pas a été franchi avec l’adoption de la Zone de libre échange continentale (ZLEC). Dans un remarquable article paru en février dans « Passerelles », une publication du Centre international pour le commerce et le développement durable, Judith Fessehaie montre comment cette zone de libre échange peut conjurer la progressivité des droits de douane et les règles non tarifaires. « Il est en effet probablement plus facile pour les entreprises africaines de conquérir des marchés régionaux caractérisés par des goûts similaires, un marketing et des circuits de distribution moins sophistiqués, des normes moins strictes et des asymétries d’informations moins marquées », écrit-elle.

Grâce à une forte progression de la classe moyenne en Afrique et au regard des possibilités de commerce intra-africain qui se crée avec la ZLEC, les chaînes de valeur régionales sont une arme de développement rapide et un formidable tremplin pour une industrialisation accélérée du continent. La classe moyenne africaine représentera 1,1 milliard de personnes en 2060 ; elle aura besoin de produits laitiers, de chocolat, de vêtements, de chaussures, de maisons, etc. L’idée est que nos économies développent de la valeur ajoutée à leurs produits pour un marché africain qui leur ressemble mais sera aussi grand qu’aucune entreprise sur le continent ne pourra jamais, à elle seule, satisfaire sa demande.

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