Le programme de construction d’avions commerciaux du géant asiatique, boudé et snobé par les compagnies occidentales, trouve déjà des acheteurs sur le continent.

53 chefs d’État et de gouvernement ont répondu présent, les 3 et 4 septembre 2018, au forum sur la coopération sino-africaine à Beijing. Au cours de ces assises, qui sont aussi courues que ne l’étaient à une époque les sommets Afrique-France, le président chinois Xi Jinping a annoncé vouloir débloquer 60 milliards de dollars pour le développement économique de l’Afrique et annuler la dette de certains des États les plus précaires. Pour les quinze pays de la zone Franc, une telle somme équivaut à 30 000 milliards de FCFA. C’est près de sept fois le budget annuel d’un pays comme le Cameroun. En comparaison, l’aide publique au développement (APD) à destination de l’Afrique, calculée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), était de 29 milliards de dollars en 2017.

On comprend pourquoi les dirigeants africains sont restés sourds aux mises en garde de l’Occident sur l’envolée de l’endettement de l’Afrique vis-à-vis de Beijing. Le continent accepte visiblement cette prison dorée des prêts d’investissement dont les œuvres sont visibles sous la forme d’infrastructures de toutes sortes. Un pays comme le Cameroun ne renoncerait pas aux emprunts chinois même s’ils représentent déjà près de 70% du total de sa dette publique bilatérale. D’autres pays africains sont dans la même situation. Mais des chefs d’État emblématiques comme Cyril Ramaphosa d’Afrique du Sud, rare pays émergent du continent, ou Paul Kagame du Rwanda, présenté comme un modèle de bonne gouvernance, se sentent à l’aise avec la Chine.

Avec le développement du secteur de l’aéronautique chinois, l’importance de la Chine va encore s’accroître. Beijing va même jouer de son influence pour pousser à l’achat des avions civils ou commerciaux en Afrique quand l’Occident rechigne encore à lui ouvrir son ciel. Le MA60 est le premier d’une liste de produits qui commence à s’allonger. Cet avion est un turbopropulseur, un avion à hélice, qui a posé les bases de l’ambition chinoise de conquérir le ciel. Plusieurs pays africains en ont acheté quelques exemplaires, dans des conditions commerciales réputées attractives (deux achetés, un offert). Le Cameroun en a acquis trois : un pour l’armée et deux autres pour la compagnie aérienne Camair-Co. Le Congo et le Zimbabwe utilisent aussi les MA60 dont trois exemplaires appartiennent aux flottes respectives d’Air Congo et d’Air Zimbabwe.

Cet avion ne vole pas en Occident, mais Beijing n’a pas dit son dernier mot pour remplacer dans la flotte des compagnies aériennes africaines, en même que dans les siennes, les Boeing et les Airbus. Sur le présentoir se trouve déjà le moyen porteur ARJ21 (Advanced regional jet 21st century), produit par COMAC (Commercial aircraft corporation), la filiale d’AVIC destinée à la fabrication des avions civils commerciaux. C’est le tout premier avion passager développé en Chine par les Chinois. Ce turboréacteur de 70 à 98 places dispose d’une autonomie de vol de 3 700 km. L’avion MD-90 de l’américain McDonnell Douglas semble avoir inspiré les concepteurs de cet aéronef chinois, qui est un concurrent des avions du canadien Bombardier, du brésilien Embraer ou des ATR franco-italiens. Sur la liste de commande figure le Congo, qui a commandé trois avions ARJ21 pour Air Congo.

Et ce n’est pas fini. La Chine a déjà achevé la construction du C919, qui va concurrencer les avions Boeing B737 et Airbus A320. Avec une capacité estimée de 190 passagers, le C919 a effectué son premier vol mai 2017 et peut atteindre 5 500 km de distance. Il est certain que face à la réticence des pays occidentaux à adopter ses nouveaux produits, c’est sur l’Afrique que Beijing va compter pour montrer son savoir-faire en aéronautique civil. Le marché du ciel africain est certes encore faible, mais il progresse sensiblement avec la prise de volume des compagnies comme Ethiopian, Kenya Airways ou Royal Air Maroc. La plupart des transporteurs africains sont en réalité des compagnies régionales, cibles parfaites pour un C919 chinois.

Mais il ne faut pas croire que l’État chinois va s’arrêter en si bon chemin. Il a déjà mis en route le C929, dont l’objectif est de briser l’hégémonie de Boeing 777 et 787 et de Airbus A350 et A380. Le C929 disposera entre 250 et 350 sièges. Ce qui permettra aux compagnies africaines de rallier les longues distances. Mais la contrainte de la certification des avions chinois par la FAA (Administration fédérale d’aviation américaine) ou la EASA (Agence européenne de la sécurité aérienne). Mais ça, c’est une autre affaire.

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