Même si la place de l’Afrique est encore marginale dans le crowdfunding, les besoins existent et les possibilités vont grandir avec l’arrimage de plus en plus d’Africains à l’internet. Pour sûr, l’Afrique connaît déjà ce mode de financement populaire. Très proche du système des tontines, il trouve un ancrage quasi-naturel sur le continent, où la solidarité et les liens sociaux financent des projets.

Une réponse aux difficultés d’accès aux financements

Le crowdfunding met en relation, d’un côté, des porteurs de projets cherchant un financement et, de l’autre, une foule d’investisseurs disposés à apporter des fonds pour leur réalisation, avec la particularité que tout ce monde est mis en lien grâce à l’Internet. Pour les entrepreneurs africains, c’est une réponse intéressante aux difficultés d’accès aux sources classiques de financement en capital et en investissement. Ce phénomène est en nette croissance en Afrique et une loi vient d’ailleurs d’être adoptée au Maroc pour en réglementer le dispositif.

En Afrique du Sud, Wealth Migrate, une plateforme immobilière locale, a lancé le projet le mieux financé en 2015, et levé 12 700 000 $US pour l’acquisition de 4 bâtiments médicaux. RainFin, une plateforme de prêt d’égal à égal basée dans le même pays, a lancé des milliers de projets pour fournir des prêts allant jusqu’à 61 000 $US aux petites entreprises et aux particuliers, rappelle le rapport Afrikstart Crowdfunding in Africa, publié en 2016. Autre exemple, en Afrique centrale cette fois, « Guanxi Investment », la première plateforme de financement participatif de la sous-zone, a vu le jour en 2017.

Tout cela démontre un intérêt croissant, mais le chemin est encore long car « L’Afrique compte 57 plateformes, moins de 2% du total mondial, capitalisant à peine 0,1% des fonds mobilisés au niveau global à travers les plateformes de financement participatif », observe Jean Claude Njomkap de Eco2Africa et contributeur à Mediaterre.

Les États-Unis sont en effet le leader des financements participatifs avec plus de 60 % des sommes levées au niveau mondial, puis vient l’Europe avec 35 % des fonds. Les 5 % restants sont investis dans le reste du monde dont en Afrique. Quelques obstacles limitent l’expansion de ce mode de financement en Afrique, parmi lesquels la pénétration de l’internet. Le continent compte près de 281 millions d’internautes pour un taux d’accès moyen d’à peine 23%. Mais, c’est le continent de l’avenir au regard des espaces qui restent à conquérir.

Un avenir prometteur

Les besoins de financement participatif sont énormes sur le continent africain et nourrissent l’optimisme de ceux qui pensent que l’histoire de ce mode de financement va s’écrire en Afrique. Par exemple, on estime que le marché alimentaire africain constitue une opportunité de financement de l’ordre de 313 milliards $US. En 2030, ce besoin sera de l’ordre d’1 milliard $US d’ici 2030. Or, dans bon nombre de pays africains, les prêts bancaires pour l’agriculture représentent moins de 4% de l’intégralité des prêts bancaires.

L’espoir de mobiliser d’aussi importants fonds vient indubitablement du co-financement collaboratif, après le succès relatif des partenariats public-privé, de crédit-bail, des subventions étatiques ou encore des Bourses de valeurs mobilières. Actuellement sur le site web de Fadev, figure un appel de fonds au bénéfice de Capco, une entreprise camerounaise qui fabrique et commercialise des produits d’hygiène et des cosmétiques à base de substances végétales naturelles. Constituée de huit employés, Capco recherche environ 14 000 euros pour se développer de façon responsable. À la mi-avril, elle avait déjà recueilli près de 10 000 euros. Fadev est une institution de financement innovant, orienté vers des projets à fort impact social et permettant la création de valeur ajoutée

Jusqu’ici, les projets écologiques ou de développement durable ont la cote sur la plupart des plateformes de financement collaboratif, notamment dans l’agriculture, les énergies renouvelables, le transport ou encore les TIC. William Elong, jeune start-uppeur camerounais, veut lever 1,5 million d’euros pour la conquête des marchés français et américain des drones… Il y a un an, il avait déjà réussi à le rassembler près de 231 000 $US pour la fabrication de ces objets volants utilitaires. Cette approche semble la voie de l’avenir, malgré les réserves d’Edoh Kossi Amenounvé, directeur de la Bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan. « Pour moi, ça ne sera pas la révolution pour le financement de nos entreprises. Je pense que nous avons encore une marge d’amélioration au niveau des « instruments classiques » de financement : que ça soit la banque ou les marchés de capitaux pour apporter des solutions de financement à nos PME », pronostique-t-il. Manifestement, certains indicateurs semblent le contredire.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here