L’Afrique est devenue, pendant les deux dernières décennies, un grand espace de compétition entre les entreprises nationales et les entreprises étrangères généralement appuyées par leurs Etats. Les ressorts de cette rude concurrence en terre africaine sont un fort potentiel de consommation du continent, une démographie en croissance soutenue (un milliard d’habitants actuellement, près de deux milliards à l’horizon 2050), une urbanisation galopante (52 villes dépassant le million d’habitants) et une classe moyenne en émergence.

Les pays occidentaux de plain-pied dans la concurrence en Afrique

Dans ce contexte, le redéploiement des pays développés prend de l’ampleur. On enregistre le retour des Etats-Unis d’Amérique sur la scène africaine. Ce  pays est animé par la volonté de sécuriser les approvisionnements énergétiques (pétrole brut et minerais divers). De même, la France, à travers ses grands groupes, met en place des stratégies pour bousculer les lignes en Afrique.  En effet, les entreprises françaises Bolloré, Total, Castel, Lafarge, Bouygues, Vivendi, Areva, France Télécom, entre autres, mènent de plus en plus une concurrence appuyée aux promoteurs d’entreprises locales dans les secteurs du ciment, des travaux publics, de l’exploration et de la distribution pétrolière, des industries brassicoles et de l’innovation technologique.

Les retombées attendues en Afrique   par les investisseurs étrangers sont d’autant plus importantes que la délocalisation de leurs activités tire avantage des faibles coûts de la main d’œuvre, de la disponibilité des matières premières et d’un marché qui s’élargit sans discontinuer.

L’Afrique apprivoise la concurrence dans le secteur de l’aéronautique

Fort heureusement, l’Afrique refuse de subir, ad aeternam, les assauts de la concurrence économique exogène. Véritable puissance émergente, le Maroc constitue un cas d’école. Ses entreprises perturbent la sérénité des investisseurs étrangers. Maroc Télécom, Attijariwafa Bank et Royal Air Maroc, qui figurent parmi les six entreprises marocaines les plus performantes en Afrique, s’implantent dans plusieurs pays du continent.

Au Cameroun, le monopole du français   Lafarge dans la production du ciment est sérieusement entamé par une bonne brochette de nouveaux opérateurs agréés par l’Etat.

De plus, dans le domaine de l’aéronautique, les compagnies aériennes africaines Ethiopian Airlines (Ethiopie) et South African Airways (Afrique du Sud), ont pu disposer des ateliers de maintenance d’avions qui, par leurs performances avérées, leurs coûts de service moins prohibitifs, rivalisent d’égal à égal avec les géants mondiaux de l’aéronautique et deviennent une alternative sûre pour la révision et la réparation des flottes des pays africains.

Sur un autre plan, il y a lieu de souligner que les grandes enjambées de la rude concurrence économique et commerciale en Afrique ne sauraient faire ombrage à l’édification de solides joint-ventures qui vivifient considérablement le tissu économique du continent.

Joint-ventures : l’Afrique du Sud met la barre très haut

En décembre 2010, le géant américain Wal-Mart noue une joint-venture inédite avec la sud-africaine Massmart, la plus importante chaine de distribution au monde. Wal-Mart entre dans le capital de Massmart à hauteur de 2,5 milliards de dollars (environ 1250 milliards de F CFA) représentant 51% des actions. Ce qui classe cette opération au second rang des grandes transactions joint-venture effectuées en Afrique dans un secteur autre que celui des ressources naturelles.

Bien plus, suite au lancement en 2013, de l’initiative « Power Africa » par le président des Etats-Unis d’Amérique, Barrack Obama, l’américain General Electric et la China National Machinery Industry Corp signent un mémorandum d’entente pour développer et financer des projets d’énergies renouvelables en Afrique. C’est à la faveur d’une joint-venture  entre le duo sino-américain et l’entreprise kenyane Kipeto Energy Ltd que  la centrale éolienne du Kenya.

On peut indiquer que les initiatives de joint-ventures réalisées   en Algérie ont également apporté un nouveau souffle à l’économie du pays. Dans le cadre de la co-entreprise pour  gérer et exploiter ses gisements de pétrole ou de gaz, la société nationale  Sonatrach et les compagnies britanniques British Petroleum et norvégienne Staoil se sont associées. Non seulement la main-d’œuvre est essentiellement algérienne, mais les 9 milliards de mètres cubes de gaz extraits par an sont vendus exclusivement en Algérie.

Au demeurant, la joint-venture, on s’en doute, revêt une grande  importance dans la mesure où elle permet une collaboration directe avec des entreprises disposant d’un savoir-faire et d’une technologie certifiée, et offre de précieuses possibilités de renforcement des capacités des ressources humaines locales. Tout aussi appréciable est le fait que l’augmentation des investissements étrangers dans le tissu économique africain mène à la création des emplois et donc, à la stimulation des dépenses des ménages.

Jean-Mathias KOUEMEKO

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