Le ralentissement des activités économiques en Afrique est au centre des préoccupations des institutions de Bretton Woods à savoir, la Banque mondiale(BM) et le Fonds monétaire international (FMI).

En effet, dans un rapport publié en octobre 2018, la BM baisse ses prévisions de croissance économique pour l’Afrique sub-saharienne à 2,7% en 2018, contre une précédente estimation de 3,1%. Cette situation, selon l’institution, se fonde sur la lente expansion des trois grandes économies de la région, en l’occurrence le Nigéria, l’Angola et l’Afrique du Sud. Si les deux premiers pays enregistrent la baisse de leur production pétrolière qui annule les effets de la remontée des cours mondiaux, le troisième est affecté par la faible consommation des ménages aggravée par les contre-performances du secteur de l’agriculture.

L’inobservance des principes d la gouvernance

Cette tendance est également partagée par le FMI, à quelques nuances près. Ses prévisions de croissance pour l’Afrique sub-saharienne en 2018 plafonnent à 3,1%, contre 3,4% précédemment. Pour expliquer ce taux de croissance baissier, l’institution financière internationale convoque, dans son rapport présenté à Bali en Indonésie, les risques géopolitiques et les conflits internes qui pèsent sur les perspectives de plusieurs économies au Moyen-Orient et en Afrique sub-saharienne.

Selon les analystes, l’assiette des causes du malaise économique en Afrique est plus large encore. Elle inclut le mauvais comportement des prix des matières premières sur les marchés (pétrole, cacao, café, minerais divers…), la très faible diversification du tissu économique et le non-respect des principes de la gouvernance dans la gestion des ressources publiques. Dans ce dernier cas, le rapport du Panel de haut niveau sur les flux financiers illicites en Afrique publié en 2015, révèle que  le continent africain perdrait chaque année 50(cinquante) milliards de $US. De plus, les travaux de la 32è Session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine tenue à Addis Abeba(Ethiopie) en janvier 2018, donnent l’occasion à la secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique(CEA), Vera Songwe, de souligner que 148 milliards de $US sont drainés hors de l’Afrique par diverses formes de corruption, soit environ 25% du Produit Intérieur Brut(PIB) moyen du continent. Certes, il est difficile de faire l’unanimité autour des chiffres émanant des ravages de la corruption sur les économies africaines, mais, il semble évident que le déclin de la morale sociale et de l’éthique managériale ici et là constituent des sources d’évasion des ressources financières des Etats.

Parier sur l’économie numérique

Pourtant, les pays africains ont besoin de ces moyens pour porter une attention soutenue à l’avenir de leur jeunesse encore et toujours mieux formée aujourd’hui plus qu’hier. Dans ce chapitre, la mise en place d’une complicité agissante entre le public et le privé pour faciliter l’insertion des jeunes dans le marché de l’emploi et de l’auto-emploi devrait apporter une précieuse contribution à l’amélioration de la santé des économies africaines. Ainsi pourraient être créées des banques spécialisées dans le financement des start-ups et, de manière générale, du développement de la nouvelle économie portée par les enjambées du numérique. En effet, le développement de ce secteur névralgique, couplé à la croissance des investissements directs étrangers, se présente comme l’un des principaux moteurs de la croissance africaine en perte de vitesse. Selon le rapport GSMA 2018 sur l’économie numérique en Afrique, les technologies mobiles ont contribué à hauteur de 7,1% au PIB de l’Afrique sub-saharienne, soit dix milliards de $US. De plus, en 2017, l’économie mobile soutenait près de trois millions d’emplois et contribuait au financement du secteur public dans l’ordre de quatorze milliards de $US.

A côté de cette vitalité de l’économie numérique, les Etats africains devraient s’atteler à la diversification de leurs économies et à la transformation de leurs matières de base pour conquérir les espaces de croissance. De ce point de vue, les pays producteurs de coton comme le Mali et le Burkina Faso, de pétrole comme l’Angola, l’Algérie et le Nigeria, et de cacao-café comme le Cameroun, le Ghana et la Côte d’Ivoire, devraient penser de nouvelles politiques en vue de la création des chaines de valeurs. Ici, la mise en place des filières industrielles du textile serait salutaire. Là, le développement de l’agriculture afin de réduire l’importation des produits alimentaires serait porteur de précieuse valeur ajoutée. Plus loin, la promotion des investissements dans le secteur de la production industrielle du chocolat permettrait de redimensionner la structure des exportations et augmenter la masse des devises. Forcément, la Côte d’ivoire, premier producteur de fèves de cacao avec 41% de l’offre mondiale, soit 40% des recettes d’exportation du pays,  pourrait, par exemple, capter une grande plus-value du cacao et relever le niveau des performances de son économie.

Lutter contre le grand déficit énergétique

Sur le plan infrastructurel, l’Afrique demeure un continent sérieusement handicapé par l’insuffisance des routes et le faible approvisionnement des populations en électricité. Face à une croissance qui décline, il serait impérieux, pour les Etats, de mobiliser des ressources et de nouer des partenariats pour pallier ces déficits préoccupants. Avec le soutien de la Banque africaine de développement(BAD) et de de la Banque mondiale,  l’Afrique, entre autres, l’Afrique pourrait relancer durablement, par cette voie, sa croissance à travers la réalisation du plus grand barrage hydroélectrique au monde. Il s’agit du projet de Grand Inga, sur le fleuve Congo, dont les experts disent qu’il aura une puissance équivalente à vingt-quatre centrales nucléaires et devrait satisfaire 40% des besoins  énergétiques du continent africain. A condition que les gouvernements des pays en manque d’énergie trouvent instamment la meilleure formule pour résoudre l’épineuse équation du transport de l’électricité produite vers les zones de consommation.

Jean-Mathias KOUEMEKO

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