Les statistiques sur la consommation des biens et services en Afrique, ces dernières années, mettent en relief l’impact positif de la classe moyenne qui prend irréversiblement de l’ampleur du fait de l’augmentation des revenus et de l’affinement des modes de consommation.

La classe moyenne africaine est estimée à environ 370 millions de personnes par les experts de la Banque africaine de développement (BAD).   Selon cette institution financière panafricaine, un Africain appartient à la classe moyenne lorsque son revenu quotidien est compris entre 2,2 et 20 $.

Sur la base de ce critère, 34% des 1,2 milliard d’habitants du continent pourraient appartenir à la classe moyenne. En outre, le Fonds monétaire international(FMI), dans une projection faite en 2015, indiquait que la croissance en Afrique passerait à 5,8%, et serait largement soutenu par l’essor de la classe moyenne appelée à porter la société de consommation. On peut constater qu’il s’agit d’une opportunité économique pour les entreprises (africaines ou non) soucieuses de conquérir de nouveaux marchés.

Priorité à la consommation

Selon une étude réalisée par l’institut de sondage IPSOS et le cabinet Bearing Point sur les classes moyennes africaines en 2015, les supermarchés et les hypermarchés, de plus en plus nombreux dans les grandes métropoles africaines, sont fréquentées au minimum une fois par mois par 86% des cibles. De plus, même si le mode de règlement en espèces est souvent privilégié, il apparait que 55% de Marocains et 41% des Kenyans possèdent et utilisent une carte bancaire.

Au Nigéria, au Cameroun et en Côte d’Ivoire, ce taux s’élève respectivement à 50%, 26% et 17%. Le paiement par le Mobile Money est cité à plus de 88% par les Kényans, 42% par les Ivoiriens et à moins de 20% par les Camerounais et les Nigérians. Au-delà de ces différences, il est à noter que l’ouverture de la classe moyenne africaine aux moyens de paiement modernes renseigne également sur l’évolution des schèmes de fonctionnement plus enclins à induire des réflexes de consommation.

En effet, malgré les nombreuses charges greffées à leur budget, les membres de la classe moyenne émergente africaine prennent du plaisir à s’équiper en biens technologiques (téléviseurs, smartphones, matériels informatiques) et mobiliers et à s’approvisionner en produits de première nécessité dans les rayons des chaînes de la grande distribution. On peut comprendre aisément que l’Afrique devienne, de plus en plus, une convoitise pour les investisseurs tournés vers l’amélioration des conditions de vie.

Un sondage conduit en Côte d’Ivoire en 2016 par IPSOS indique que 74% des membres de la classe moyenne se ravitaillent aux super-et hypermarchés.  L’expansion du français Carrefour, de l’allemand Shoprite et du sud-africain Wall Mart dans plusieurs pays africains peut s’expliquer par le dynamisme de jeunes opérateurs économiques pour qui la consommation devient un loisir.

Besoins à satisfaire dans l’immobilier

Sur un autre plan, les indicateurs liés à l’accès à la propriété immobilière sont tout aussi éloquents. Au Maroc, l’accès à la propriété est de 92%. De 2016 à 2018, 64% de ménages africains ont eu l’intention d’acquérir un bien immobilier ou un logement.

Au Cameroun, comme dans plusieurs autres pays africains, le gouvernement inscrit dans l’ordre de ses priorités la construction de logements dits sociaux pour répondre à la forte demande venant des jeunes agents de l’Etat et de ces jeunes qui, grâce aux possibilités offertes par les prouesses du numérique et des nouvelles technologies, créent leurs entreprises.

A Olembé, dans la périphérie de Yaoundé, la capitale du Cameroun, 660 appartements entièrement terminés font partie, selon les autorités, d’un programme de 1500 logements sociaux dans les villes de Douala, Bamenda, Limbe, et Sangmélima objets d’une convention de financement de 33 milliards de FCFA entre le Cameroun et la Chine.

Les données susmentionnées pourraient expliquer en partie la rude concurrence des leaders de l’électronique et du mobile sur le continent africain. Les multinationales Orange (français) et Mtn (sud-africain) se bousculent sur des marchés où les jeunes consommateurs en veulent chaque jour un peu plus au niveau des services.

De plus, le fort attrait de l’immobilier au sein de la jeune classe moyenne donne l’occasion aux cimentiers de se déployer ici et là pour répondre convenablement à la demande de nouveaux clients. Ainsi, le nigérian Dangote Ciment, le français Lafarge, le suisse Holcim et l’allemand Heidelberg Ciment, entre autres, trouvent en Afrique un marché dynamique où chaque marque de ciment fructifie les investissements déployés.

En définitive, l’émergence d’une classe moyenne africaine aux revenus décents est un levier précieux pour l’accélération du développement économique de l’Afrique. Cette classe moyenne moulée dans les goûts de la modernité se présentera, aujourd’hui et demain, comme le socle d’un vaste marché de consommateurs dont les investisseurs nationaux et étrangers ont besoin pour créer la richesse, promouvoir les emplois et relever le niveau de vie des populations.

Jean-Mathias KOUEMEKO

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