En 2013, l’économiste français Thomas Piketty a publié « Le capital au 21e siècle », un ouvrage dans lequel il appelle à reconsidérer la discipline économique, mise à mal par une dérégulation et une déréglementation sauvage des marchés. Mais la liberté économique, souvent préconisée, n’en appelle pas nécessairement à ce laisser-aller fantasmé par certains « ultra-capitalistes ». La dynamique sociale, la marche vers une certaine prospérité des entreprises et des hommes, commande beaucoup de flexibilité. En déroulant l’histoire du capital et les transformations des inégalités dans les sociétés contemporaines, Thomas Piketty a poussé à réfléchir sur l’avenir même de la planète.

Les libertés économiques en Afrique

La meilleure des définitions de la liberté économique nous vient d’ouvrages qui l’affichent comme étant « la liberté de produire, échanger et consommer n’importe quel bien acquis sans l’usage d’une contrainte d’aucune sorte ». En d’autres termes, c’est la possibilité ultime, pour les entreprises et les gens d’affaires, de négocier sans entrave étatique contraignante. Cet appel à une ouverture des marchés avec un abaissement réglementaire maximal des conditions de création d’entreprises ou encore des barrières tarifaires et douanières a permis plusieurs avancées.

Coincés par un certain dirigisme politique, de nombreux pays africains ont payé le prix de l’incurie des services de l’État. Souvent collés à des principes idéologiques discutables, de nombreux dirigeants ont ainsi sacrifié de belles années de croissance et de prospérité. Avoir la volonté ou la capacité de produire de la richesse passait désormais par un allègement significatif des contraintes liées à l’investissement et au développement des affaires. Avec le temps, les économistes se sont entendus sur les éléments de base de la liberté économique, soit : la sécurité des droits de propriété, la liberté de transiger en affaires de façon volontaire, l’absence du contrôle gouvernemental et la protection contre l’expropriation des autorités.

En réduisant considérablement l’intervention de l’État sur les marchés, on a pris des risques et plusieurs digues ont cédé, laissant parfois prospérer des forces jusque là retenues. Plusieurs exemples en matière de succès de l’application des ouvertures préconisées en font foi. Dans le classement annuel L’Heritage Foundation et le Wall Street journal sur les libertés économiques, des pays comme le Rwanda, le Botswana et l’Île Maurice, de profils pourtant divers, font très bonne figure. C’est dit-on, qu’il s’y applique « une règlementation efficace et transparente qui étaie un environnement d’esprit d’entreprise dynamique et soutient un développement économique diversifié ».

Qui perd gagne

Cependant, des bémols ont été apportés par des économistes, comme Joseph Stiglitz justement, qui faisaient remarquer « qu’on prétend aider les pays en développement alors qu’on les force à ouvrir leurs marchés aux produits des pays industriels avancés qui eux-mêmes continuent à protéger leurs propres marchés ». La liberté économique ne saurait donc pas être l’apanage des uns au détriment des autres. Sauf que, rétorquent les batailleurs les plus acharnés, les pays les moins avancés devraient plutôt se battre en se donnant les mêmes outils que leurs concurrents et les nations les plus avancées. L’un des éléments qui pourraient justement conduire à cette dimension est l’établissement de marchés dynamiques. On entend ici d’espaces où on laisse libre cours à la créativité de l’entrepreneur et où on peut compter sur l’intelligence des consommateurs.

Mais avec Joseph Stiglitz, on convient que les méthodes appliquées au cours des vingt dernières années n’ont assurément pas été de tout repos. « Les petits pays en développement sont comme de petits bateaux, affirme Stiglizt. Avec la libéralisation rapide des marchés des capitaux effectuée comme l’exigeait le FMI, on leur a fait prendre la mer par gros temps avant qu’ils aient pu colmater les trous dans la coque, apprendre son métier au capitaine et embarquer les gilets de sauvetage. Même dans le meilleur des cas, il y avait une forte probabilité de naufrage quand ils seraient frappés de plein fouet par une grosse vague ».

Cette belle métaphore devrait permettre de relativiser l’apport de la libéralisation tous azimuts à une  prospérité absolue. Cela d’autant plus que la croissance et la richesse n’apportent nécessairement pas plus d’égalités. Des chiffres de l’ONG Oxfam indiquent par exemple que 82% de la richesse créée en 2017 dans le monde ont terminé entre les mains du 1% le plus riche de la population de la planète. Est-ce donc un progrès que toutes ces réformes ? Ceci est un débat que nous ferons une autre fois.

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