Face à la rude concurrence des entreprises et des produits étrangers, le discours sur le patriotisme économique semble prospérer dans les cercles politiques et les milieux d’affaires africains. Si beaucoup y voient la voie du salut pour se sortir des difficultés économiques des entreprises africaines, pour d’autres, il ne s’agirait là que d’une solution en trompe-l’œil.

Voici une notion qui, sans être nouvelle, a tendance à susciter l’adhésion des opinions publiques, de certains cercles d’intellectuels et politiques, et des milieux d’affaires africains. Il s’agit du patriotisme économique qui, d’après le Centre de ressources et d’information sur l’information économique et stratégique, désigne « un comportement des pouvoirs publics, des entreprises et des consommateurs visant à favoriser les entreprises nationales et leurs produits, cela au détriment des firmes étrangères ». L’objectif de cette démarche est, conviennent les spécialistes, de stimuler l’économie nationale.

Un tissu industriel embryonnaire exposé à une rude concurrence

 Comment le problème se pose-t-il concrètement ? Dans nombre de pays africains, le tissu industriel est embryonnaire; les produits de l’industrie, quand ils existent, sont peu nombreux et souvent de qualité approximative. En conséquence, ils ont du mal à faire face au flot des produits des puissantes industries étrangères.

D’une manière générale, les produits de l’industrie locale sont victimes de la concurrence de la pacotille chinoise et de la brocante européenne. Les premiers ont gagné le marché grâce à leurs prix défiant toute concurrence. Soit dit en passant, les Asiatiques sont soupçonnés de pratiquer le dumping. Ils sont en effet capables de mettre sur le marché des produits trois à quatre fois moins chers que ceux des autres origines sans que l’on puisse y trouver une explication objective. La majorité de la population trouve ici son compte.

Quant aux produits européens et américains, ils bénéficient d’un préjugé de qualité supérieure et sont l’apanage des gens aisés qui n’aspirent qu’à porter des costumes vendus dans des prêts-à-porter européens, acheter du matériel de maison importé d’Europe, des meubles italiens et des vins français.

Les consommateurs disposant de revenus plus modestes, quant à eux, se rabattent généralement sur les produits issus de la brocante et qui confèrent aux villes africaines des allures de dépotoir.

Il en est des produits comme des entreprises. Généralement, les marchés publics sont généralement remportés par les grandes entreprises étrangères. La construction des barrages hydroélectriques, des ports, des aéroports, des routes, des autoroutes et des ponts est généralement confiée aux entreprises européennes et asiatiques.

Les entreprises locales, dotées de peu de moyens, ne sont pas souvent éligibles lorsqu’il s’agit d’attribuer des marchés importants. Parfois même, des travaux de moindre envergure, des canalisations pour les conduites d’eau, des travaux d’installation électrique ou de téléphone, qui ne nécessitent pas toujours une grande expertise et de gros moyens logistiques, sont confiés aux entreprises étrangères, alors que certaines entreprises locales sont en capacité de les réaliser.

Tout ceci a pour conséquence d’étouffer dans l’œuf l’embryon d’industrie locale et d’empêcher l’émergence de l’entrepreneuriat local.

Un terreau fertile pour le discours sur le patriotisme économique

 On comprend donc que le discours sur le patriotisme économique trouve une oreille attentive. Celui-ci a tendance à dire que même si les produits locaux sont de qualité inférieure, sans toutefois recourir à un protectionnisme de mauvais aloi, ni opérer un repli systématique sur soi, on doit pouvoir leur faire une place sur les marchés. Dans le domaine du textile, par exemple, certains pays d’Afrique de l’Ouest ont institué une tenue nationale qui permet à l’industrie locale de trouver un marché.

Dans le domaine de l’entrepreneuriat, des suggestions sont faites pour que, en matière des travaux publics, par exemple, des projets d’une certaine envergure soient confiés aux entreprises tenues par des nationaux. Et que, pour des travaux plus importants, pour la réalisation desquels elles ne disposent ni de l’expertise, ni de ressources matérielles et financières, que les entreprises locales soient au moins associées à la sous-traitance.  Ceci revêt un double avantage : une partie des financements injectés dans les projets reste sur place et peut donc y être réinvestie; par ailleurs, un transfert de savoir-faire s’opère qui, à la longue, bénéficie à l’économie locale. Sans oublier que les entreprises nationales peuvent se constituer en consortium et donc, pourquoi pas, remporter des marchés plus importants.

Le patriotisme économique peut heurter certaines sensibilités. Mais il faut reconnaitre qu’on ne saurait espérer le développement des pays africains sans la mise en place d’une véritable industrie locale. Or, il ne saurait y avoir d’industrie locale si les produits locaux ne trouvent pas une place sur le marché.

Il en va de même des entreprises locales qui exécutent les marchés publics. Tout en reconnaissant qu’elles ne sont pas toujours hors de tout reproche, il faut quand même dire qu’il est bon qu’elles grandissent et, pour ce faire, il faut leur donner la chance de montrer de quoi elles sont capables.

Le patriotisme économique, c’est donner leur chance aux industriels et aux entrepreneurs locaux. C’est aussi faire en sorte que des financements investis dans les projets restent sur place, au moins en partie; que des emplois soient créés, qu’un transfert de technologie s’opère et, au bout du compte, que les entreprises locales puissent à leur tour grandir. Les dragons d’Asie, qui aujourd’hui tutoient les grandes puissances industrielles, ne sont-ils pas passés par là?

Marc OMBOUI

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