Amorcée en 1978, la réforme économique de Beijing aboutit, entre autres, à la mise en place d’une nouvelle idéologie politico-économique baptisée « Socialisme de marché ». Le renchérissement du coût de la main d’œuvre locale amène les investisseurs chinois à rechercher de nouveaux espaces vitaux en Afrique. Pour quelles incidences sur le chômage sur le continent ?

Investir en Afrique, un crédo

En 2016, la Chine a engagé 36,1 milliards de dollars en Afrique, soit quinze fois plus qu’en 2015. Selon un rapport édité par le Financial Times, environ 10.000 entreprises chinoises sont implantées en Afrique (2016) qui investissent dans 62 projets. Sur la liste figurent, au premier rang, la Société nationale chinoise des travaux et construction (3,3 milliards investis), en Algérie, et la Société China Fortune Land Development (20 milliards de dollars), en Egypte, dans le cadre du projet de nouvelle capitale du pays.

Lors du 6è forum sur la coopération sino-africaine tenu en décembre 2015 à Johannesburg en Afrique du sud, le président chinois, Xi Jinping, avait annoncé que son pays allait investir 60 milliards de dollars sur trois ans dans le développement de l’Afrique, notamment dans les projets d’infrastructures.

Dans ce cadre, la république fédérale du Nigéria obtient en 2017 un prêt de 7,5 milliards de dollars de la part de la Chine. Cette enveloppe est destinée au financement de la construction d’un chemin de fer reliant la capitale économique, Lagos, à la ville de Kano. Un projet similaire est mis en route pour la construction d’une autre ligne de chemin de fer reliant Warri (sud) à la capitale fédérale, Abuja, en  passant par trois villes importantes. De toute évidence, cette présence réaffirmée de la Chine sur le continent africain a pour conséquence positive, l’amélioration de l’offre sur le marché des emplois.

Des emplois créés

En effet, d’après un document de politique générale publié par le groupe de la Banque Mondiale en 2016, la Chine est le cinquième créateur d’emplois entre 2003 et 2015, grâce à ses investissements directs étrangers au Kenya. Le même document souligne que 93% des entreprises chinoises affichent le recrutement des employés kényans. Soit en moyenne 166,2 emplois par projet.

Naturellement, le cas kenyan informe à suffisance sur les nombreux autres pays qui hébergent des projets bénéficiant des financements chinois dans les secteurs du bâtiment, des infrastructures, de l’énergie, de l’eau potable, des télécommunications et de l’engineering. Selon Jeremy Stevens, économiste à Standard Bank Group, avec près de 30.000 emplois en Afrique, « la Chine se classe 7è en termes de nombre de projets en Afrique, mais elle crée plus d’emplois, chose à laquelle personne ne s’attendait ».

Chinois d’abord

Les performances sociales de la Chine en Afrique sont certes appréciables, mais, l’opinion publique africaine a toujours vite fait de penser que les investisseurs chinois animent, prioritairement, les projets qu’ils dirigent en Afrique avec des cadres « importés » de Chine et ne réservent aux pays d’accueil que des postes de travail de bas étage. En outre, l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, en son temps, dénonçait déjà ce qu’il appelait vicieusement « le néocolonialisme chinois ». Selon lui, la Chine disposerait d’un agenda caché pour le continent africain, c’est-à-dire, déverser son trop plein de population en Afrique et lui trouver du travail à travers les investissements directs à l’étranger (IDE).

De plus, certains experts reprochent aux investisseurs chinois de gérer avec légèreté les contraintes sociales de leurs entreprises. Les droits sociaux des travailleurs africains seraient régulièrement bafoués. L’appel à une main d’œuvre chinoise plus étoffée pose des problèmes aussi importants que le grand déficit de renforcement des capacités des personnels locaux et le non transfert des technologies et du savoir-faire chinois.

D’une manière générale, la partie chinoise se défend en indiquant que les réalités culturelles des Etats africains ne facilitent pas toujours l’épanouissement des partenaires chinois de l’Afrique. Certaines décisions sont donc prises à cause des insuffisances enregistrées dans le domaine de la communication linguistique. La langue étant le premier outil de travail.

Au demeurant, la Chine reste un grand partenaire de l’Afrique. Au vu de son déploiement sur le continent, elle apporte une contribution significative au développement du continent et à la lutte contre le chômage des jeunes. Toutefois, cet impact serait encore plus visible si cet « ami » de l’Afrique réduisait l’effectif de ses nationaux sur les chantiers des projets d’investissement ouverts en Afrique, au profit des ressources humaines locales souvent bien formées.

Jean-Mathias KOUEMEKO

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