En dehors des grands consortiums qui accumulent des investissements dans divers secteurs économiques, la plupart des firmes transnationales évoluent en principe dans les mêmes eaux. Devant la multiplication des concentrations de ces entreprises, on s’est inquiété à juste titre que les consommateurs n’aient plus le loisir d’avoir un certain embarras du choix.

Un coup d’œil aux données de Thomson Reuters nous indique qu’en 2017, les fusions et acquisitions d’entreprises se sont élevées à quelque 3 600 milliards $US. Plus particulièrement, l’opération la plus importante a été l’acquisition du fabricant de puces Qualcomm par Broadcom pour environ 130 milliards $US. L’Afrique devrait avoir un œil sur ces données, compte tenu de la fragilité de son socle d’entreprises, tous secteurs confondus. Toutefois, on atteint déjà les milliards dans les opérations de ce type.

Les premières méga concentrations d’entreprises ont effectivement fait craindre une monopolisation de l’offre manufacturière et industrielle et on a quelquefois assisté à une prise  d’intérêts qui a largement entamé la diversification de l’offre. Ce fut par exemple le cas des communications où on a relevé des convergences transmédiatiques dénoncées par les associations de consommateurs d’une part et plus ou moins recadrées par les organismes de régulation d’autre part. Autant dire que depuis, la concurrence fait de la résistance, surtout que cette résistance n’est pas le fait d’une subite générosité des investisseurs et des spéculateurs mais simplement un sursaut des autorités publiques et une prise de conscience de la société civile.

Cette fameuse « guerre aux monopoles » se poursuit bon an mal an dans les principaux secteurs touchés par les fusions-acquisitions depuis un quart de siècle. On sait que les opportunités structurelles derrière toutes les opérations d’achat ou de rachat des entreprises sont généralement la recherche de la croissance, la protection de la profitabilité et une certaine adaptation aux nouvelles conditions de marché.

Pour rappel, avec un chiffre d’affaires évalué à 1200 milliards $ pour l’année en cours, l’industrie pharmaceutique est le secteur le plus rentable au monde devant les compagnies financières. En dehors de la finance, l’Afrique est de plus en plus concernée par l’énergie et les télécommunications.

Ces dernières évoluent à la vitesse V  en raison des mutations technologiques constantes. Cette dynamique exponentielle crée des domaines réservés et il y a très peu de concurrence sur les principaux marchés de consommation. La téléphonie mobile qui subit le plus l’impact des avancées technologiques, est dominée par une demi-douzaine de firmes transnationales qui en arrivent souvent à mettre sur pied les mêmes politiques commerciales. Ce qui, bien évidemment élimine de potentiels joueurs et pénalise les consommateurs, obligés de s’en tenir aux offres proposées.

Le principal contre-argument de certains analystes, comme le consultant français Olivier Voirin, est que « le modèle économique des télécommunications implique de lourds investissements dont la rentabilité ne peut être assurée que sur une longue période. Pour les réseaux de télécommunications où la rentabilité n’apparaît qu’au bout de cinq ans, même lorsque les investissements sont faibles, [cela prend] plusieurs dizaines d’années lorsqu’il faut construire un réseau mobile ou fixe. Les règles de concurrence ne s’appliquent évidemment pas de la même manière que pour des activités de cycle court, avec des productions rapidement substituables. »

Mais ce que ces analystes ne disent pas dans ce cas précis, c’est que plusieurs opérateurs majeurs ont hérité d’infrastructures financées par les contribuables, lors de la privatisation de plusieurs entreprises publiques. La ligne de défense des tenants du tout libéral est donc fragile ici et ne pourrait résister longtemps à l’analyse et au destin cyclique du marché.

Les socio-économistes ont démontré depuis longtemps que l’humain est fondamentalement versatile et se lasse vite de l’habitude. En matière de consommation, les spécialistes du marketing l’ont théorisé : le premier besoin du consommateur est le désir de changement. Il est évident que sans concurrence, il n’y a pas de choix multiples et sans choix multiples, on s’en remet aux valeurs sûres, et généralement à ce que l’on possède déjà.

La concurrence n’est donc jamais terminée et tant qu’il y aura du commerce, il y aura une offre peut-être variable, mais nécessairement variée.

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