Le développement des infrastructures et la résolution des problèmes nombreux et onéreux de développement auxquels les États africains font face nécessitent de leur part d’importants moyens en termes de financements dont ils ne disposent pas toujours. Après avoir longtemps dépendu de l’extérieur, certains pays africains ont de plus en plus recours à l’épargne interne pour financer leurs projets de développement, notamment à travers l’emprunt obligataire.

D’importants besoins de financements

Dans le cadre de l’exécution du budget de l’État pour le compte de l’année 2018, le gouvernement camerounais ambitionne de lever, sur le marché intérieur, une enveloppe globale de 356 milliards de francs CFA, à travers un emprunt obligataire.

Dans le détail, 260 milliards de francs CFA seront levés par émissions de titres publics. Le reste de l’enveloppe à mobiliser sur le marché intérieur, soit 96 milliards de francs CFA, sera obtenu auprès des banques locales.

C’est depuis 2010 que le Cameroun a régulièrement recours à l’emprunt obligataire et, selon les responsables du ministère camerounais des Finances, les opérations menées jusqu’ici ont généralement été couronnées de succès.

Le Cameroun n’est d’ailleurs pas seul à recourir à l’emprunt obligataire pour financer son économie. Le Gabon, par exemple, s’était engagé dans une opération de mobilisation d’emprunts d’un montant de 508,7 milliards de francs sous forme d’obligations du Trésor public gabonais. Pour cela, il s’était tourné vers des investisseurs institutionnels et le grand public de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC). Ce financement était destiné à permettre au gouvernement de ce pays d’amorcer le plan stratégique de développement « Gabon Émergent » dont l’une des composantes est le schéma directeur d’infrastructures, visant essentiellement à faire du Gabon un pays émergent à l’horizon 2025.

Un changement de paradigme

Jusqu’à une période récente, on soutenait que les pays africains dégagent une épargne insuffisante au regard de l’effort d’investissement nécessaire pour le financement du développement.

Dans ce contexte, pendant longtemps, la seule solution consistait à recourir aux capitaux étrangers à travers des bailleurs de fonds bilatéraux (Eximbank, Agence française de développement, etc.) et multilatéraux (Banque mondiale, Banque africaine de développement, Banque islamique de développement, etc.).

Or, ces financements externes, en plus d’être très onéreux, sont parfois accordés à des conditions draconiennes. Certains pays prêteurs n’hésitant même pas à imposer des critères d’éligibilité des plus inattendus tels que la démocratie et le respect des droits de l’homme.

Aujourd’hui, l’on pense qu’il est important de mettre l’accent sur la mobilisation des ressources financières internes à laquelle viennent s’ajouter d’autres apports de capitaux externes (investissements directs, aide publique au développement, allègement de la dette, envois des migrants).

Les spécialistes suggèrent la promotion d’un secteur financier capable de convertir toutes les ressources en investissement productif. Dans la plupart des pays, des marchés financiers voient le jour autour des bourses de valeur mobilière, permettant ainsi de mettre à contribution le système bancaire et de mobiliser l’épargne domestique.

C’est dans ce contexte que l‘emprunt obligataire voit le jour. Il s’agit d’un titre de créance négociable émis par une personne morale (État, collectivité publique, entreprise publique ou privée), qui reçoit une certaine somme d’argent en prêt de la part des souscripteurs des titres. Il s’agit d’une dette remboursable à une date et pour un montant fixé à l’avance, et qui rapporte un intérêt.

Un partenariat gagnant-gagnant

Sans complètement renoncer aux emprunts étrangers, les pays africains ont donc de plus en plus recours aux ressources internes plus facilement mobilisables par les États et qui, en plus, permettent aux nationaux disposant d’une épargne consistante de se faire du profit. Un partenariat gagnant-gagnant au profit du développement du pays.

Et à voir comment l’emprunt obligataire permet d’obtenir les financements recherchés, il y a lieu de penser que cette forme de financement sera de plus en plus usitée par les États. Les experts considèrent en effet que la mobilisation des ressources internes est sans aucun doute l’impératif le plus fort et le moteur essentiel du développement en Afrique subsaharienne.

Certes, la part des financements extérieurs dans le financement des économies des pays africains reste encore très importante, notamment avec l’arrivée de nouveaux prêteurs tels que la Chine. Mais à travers l’emprunt obligataire, ces pays ont trouvé un mode alternatif non négligeable pour mobiliser des ressources en vue de la mise en œuvre de leurs projets de développement, s’émancipant ainsi progressivement de la pesante tutelle étrangère.

Marc OMBOUI

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