La cartographie des marchés financiers en Afrique dévoile une réalité assez variée et diversifiée de ces importants leviers de mobilisation des financements au profit des investissements, et donc du développement des économies du continent.  Mais la faiblesse des secteurs de la production économique ne permet pas toujours aux entreprises qui existent de se positionner sur ce marché de capitaux prisé par les étrangers.

Exception faite des bourses régionales de valeurs mobilières(BRVM), le classement par capitalisation boursière sur le continent africain met en relief cinq pays en tête de peloton. L’Afrique du Sud, représentant près de 540 milliards de dollars, l’Egypte, avec 75 milliards de dollars, le Nigéria qui affiche une capitalisation boursière de 60 milliards de dollars, le Maroc qui mobilise 50 milliards de dollars et le Kenya qui vient en cinquième position avec environ 26 milliards de dollars.

Les entreprises étrangères au premier plan

De manière générale, on retrouve sur les places boursières africaines, des filiales des multinationales telles que Danone, Unilever, Total, Société Générale, China State Construction and Engineering Corporation, Bouygues, Exxon Mobil, Chevron, Shell et Randgold Ressources. La croissance de la capitalisation boursière en Afrique pourrait donc s’expliquer par le nombre de places boursières (20) et de marchés de bons du Trésor (30) certes, mais également par la taille des compagnies qui choisissent d’entrer en bourse en Afrique australe et en Afrique du Nord d’une part, et le regain d’activités des investisseurs, surtout étrangers, sur les marchés africains à fort volume d’opérations comme en Afrique du Sud et en Egypte.

Au cours de la décennie 2006-2016, par exemple, les statistiques disponibles sur les marchés boursiers en Afrique indiquent   qu’un portefeuille total de 10,5 milliards de dollars a été géré sur les marchés financiers les plus importants, notamment en Afrique du Sud (10,4 milliards de dollars), en Tunisie (33,8 millions de dollars), à l’Ile Maurice (30,7 millions de dollars) et en Zambie (15,4 millions de dollars). Cet engouement tient au fait que, ces dernières années, les pays africains ont introduit des réformes incitatives dans leur législation à l’effet d’ouvrir leurs marchés financiers aux investisseurs étrangers. On peut citer, entre autres, l’adoption des systèmes électroniques de cotation  et de transactions, la création d’indices boursiers pour refléter les activités boursières, la création d’une autorité des marchés financiers pour les besoins de surveillance des activités menées sur les places boursières, la mise en place d’une chambre de compensation ou de règlement, la réduction de la durée des règlements des transactions et l’ouverture des marchés aux étrangers qui ont la possibilité de rapatrier tout ou partie de leurs capitaux et de leurs gains non(ou peu) taxés.

Encore des efforts pour mobiliser plus de liquidités

Il faut néanmoins noter que le faible taux de liquidité sur les marchés   boursiers en Afrique n’est pas une bonne indication sur la facilité avec laquelle un investisseur doit entrer et/ou sortir du marché. Dans cet ordre, les faibles ratios de liquidités, surtout ceux inférieurs à 10%, indiquent que les marchés africains des actions sont très peu liquides. Peu de titres d’actions y sont cotés. Ces marchés sont chers et saturés. Le nombre de compagnies cotées à la bourse est relativement faible (14 des 20 bourses africaines ont moins de 50 compagnies à leur cote officielle).

Heureusement, ces insuffisances peuvent aussi devenir des atouts pour les places boursières africaines. En effet, elles sont à l’abri des tourbillons et des effets boule-de-neige des marchés développés et émergents, étant entendu que les performances des marchés financiers africains ont tendance à dépendre essentiellement des fondamentaux des économies du continent et des pays hôtes.

Penser l’avenir

En dépit de cette perception qui pourrait enchanter l’égo africain, les bourses africaines devraient opérer des réajustements urgents à l’effet de mobiliser encore plus de liquidités pour la construction du développement socio-économique du continent.

Il s’agira pour les décideurs de prendre des mesures qui puissent permettre d’accroitre le nombre d’entreprises  susceptibles de s’inscrire à la bourse,  favoriser le développement des entreprises locales structurées qui, de préférence, évoluent hors du secteur des produits de base, renforcer les  systèmes bancaires qui sont des préalables précieux pour la promotion d’un secteur privé robuste et d’un marché de valeurs mobilières efficient et dynamique, réduire les lourdeurs administratives et encourager la bonne gestion et le strict respect des principes de bonne gouvernance.

Jean-Mathias KOUEMEKO

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